SRO déshydratation aigue nourrissonLa déshydratation aiguë constitue une urgence médicale fréquente, touchant aussi bien l’adulte que l’enfant, avec des mécanismes physiopathologiques, des présentations cliniques et des implications thérapeutiques variables selon l’âge et le terrain. Elle résulte d’un déséquilibre entre les apports et les pertes hydriques, souvent associé à des troubles électrolytiques pouvant engager le pronostic vital.

1. Généralités et définitions

La déshydratation aiguë est définie par une diminution rapide de l’eau corporelle totale, entraînant une contraction du compartiment extracellulaire et/ou intracellulaire. Elle peut être :

  • Isotonique : perte proportionnelle d’eau et de sodium
  • Hypotonique : perte prédominante en sodium
  • Hypertonique : perte prédominante en eau

Chez l’enfant, en particulier le nourrisson, la déshydratation survient plus rapidement en raison d’une proportion plus élevée d’eau corporelle, d’un renouvellement hydrique rapide et d’une capacité de concentration rénale limitée.

2. Physiopathologie

2.1. Compartiments hydriques

L’eau corporelle totale représente environ 60 % du poids chez l’adulte, 70 à 75 % chez le nourrisson. Elle se répartit entre :

  • compartiment intracellulaire (≈ 2/3)
  • compartiment extracellulaire (≈ 1/3), incluant le secteur interstitiel et le secteur intravasculaire

La déshydratation aiguë perturbe cette répartition, avec des conséquences hémodynamiques, métaboliques et cellulaires.

2.2. Mécanismes physiopathologiques

  • Pertes digestives : diarrhées, vomissements → pertes hydrosodées ± potassium
  • Pertes cutanées : fièvre, hyperthermie, brûlures
  • Pertes rénales : diurétiques, diabète insipide, diabète sucré déséquilibré
  • Apports insuffisants : troubles de la soif, dépendance, pathologies neurologiques

Les réponses adaptatives incluent l’activation du système rénine–angiotensine–aldostérone, la sécrétion d’ADH et la vasoconstriction périphérique, qui deviennent insuffisantes en cas de déshydratation sévère.

Déshydratation aigue physiopathologie et signes cliniques

3. Circonstances et étiologies

3.1. Chez l’adulte

  • Gastro-entérites aiguës
  • Canicule et exposition à la chaleur
  • Pathologies chroniques (insuffisance rénale, diabète)
  • Iatrogénie (diurétiques, laxatifs)
  • Altération de l’accès à l’eau (personnes âgées, dépendantes)

3.2. Chez l’enfant

  • Gastro-entérites virales ou bactériennes (cause principale)
  • Erreurs de dilution des laits
  • Fièvre prolongée
  • Refus alimentaire ou vomissements répétés

Le nourrisson est particulièrement à risque du fait de réserves hydriques limitées.

4. Diagnostic

4.1. Diagnostic clinique

Signes généraux

  • Asthénie, soif intense
  • Perte de poids aiguë (élément clé chez l’enfant)

Signes de déshydratation extracellulaire

  • Pli cutané persistant
  • Sécheresse des muqueuses
  • Hypotension orthostatique
  • Tachycardie
  • Oligurie

Signes de déshydratation intracellulaire

  • Troubles neurologiques : agitation, confusion, convulsions

Chez l’enfant :

  • Fontanelle déprimée
  • Yeux cernés
  • Pleurs sans larmes
  • Perte de poids

4.2. Diagnostic biologique

  • Ionogramme sanguin : Na⁺, K⁺, Cl⁻
  • Urée, créatinine (insuffisance rénale fonctionnelle). Lisez notre article : Insuffisance rénale aigue
  • Osmolalité plasmatique
  • Gaz du sang (acidose métabolique associée)

Les anomalies biologiques orientent le type de déshydratation et guident la correction.

5. Conduite à tenir (approche fondée sur les preuves)

La prise en charge de la déshydratation aiguë repose sur des recommandations internationales, notamment celles de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), de la Haute Autorité de Santé (HAS) et des sociétés savantes pédiatriques européennes (ESPGHAN/ESPID).

5.1. Évaluation de la gravité

L’évaluation initiale est avant tout clinique.

Selon l’OMS (enfant), la déshydratation est classée en :

  • Absente ou minime
  • Déshydratation modérée
  • Déshydratation sévère

Critères de gravité (adulte et enfant) :

  • Signes de choc hypovolémique
  • Altération de la conscience
  • Oligurie ou anurie
  • Troubles ioniques sévères (Na < 125 ou > 155 mmol/L)
  • Insuffisance rénale aiguë

5.2. Réhydratation orale (recommandations OMS / ESPGHAN)

La réhydratation orale est le traitement de première intention des déshydratations légères à modérées, y compris chez le nourrisson.

Solutions de Réhydratation Orale (SRO) :

  • Osmolalité ≈ 245 mOsm/L
  • Sodium : 60–75 mmol/L (~3,5 g/L)
  • Glucose : ≈ 75 mmol/L (~13,5 g/L)

Modalités :

  • Administration fractionnée (5–10 mL toutes les 5 minutes chez l’enfant)
  • Poursuite de l’alimentation précoce (y compris l’allaitement maternel)

Les SRO « maison » fortement sucrées ou les sodas sont contre-indiqués car ils aggravent la diarrhée et peuvent provoquer une hyperosmolarité.

5.3. Réhydratation parentérale (HAS / consensus experts)

Indications :

  • Déshydratation sévère
  • Échec ou impossibilité de la voie orale
  • Choc ou troubles neurologiques

Solutés recommandés :

  • NaCl 0,9 % ou Ringer lactate en phase initiale
  • Bolus de 20 mL/kg (enfant) répétés si nécessaire en cas de choc

Correction des troubles de la natrémie :

  • Hypernatrémie : correction lente (< 10–12 mmol/L/24 h)
  • Hyponatrémie aiguë symptomatique : correction prudente sous surveillance rapprochée
  • Lisez notre article : Hyponatrémie, diagnostic et traitement
Type de déshydratation Population Soluté recommandé Volume / vitesse de correction Surveillance
Extracellulaire (isosmotique ou hypotonique) Adulte NaCl 0,9 % ou Ringer lactate Bolus initial 500 mL IV en 15–30 min si choc, puis perfusion adaptée au déficit Surveiller TA, FC, diurèse, ionogramme
Enfant Ringer lactate ou NaCl 0,9 % Bolus 20 mL/kg IV en 15–30 min si choc, répéter si nécessaire Surveiller diurèse, TA, conscience, poids
Intracellulaire / hypertonique Adulte Glucosé 5 % + correction prudente de Na Correction lente (<10–12 mmol/L/24 h) Surveillance neurologique, Na plasmatique toutes les 2–4 h
Enfant SRO si toléré, sinon Glucosé 5 % IV Correction lente, adaptée à l’élévation de Na Surveiller fontanelle, conscience, Na plasmatique
Modérée (voie orale) Adulte / enfant SRO normo-osmolaire 50–100 mL/kg sur 4 h (enfant), fractionné Poursuivre alimentation, surveiller tolérance digestive et diurèse
Réhydratation d’entretien Adulte Eau + électrolytes si besoin 30 mL/kg/jour Adapter selon pertes continues (diarrhée, fièvre)
Enfant SRO + alimentation habituelle 30–50 mL/kg/jour Ajuster selon vomissements, diarrhée, fièvre

5.4. Surveillance (recommandations HAS)

  • Surveillance clinique rapprochée (TA, FC, conscience)
  • Diurèse horaire
  • Poids quotidien (clé chez l’enfant)
  • Ionogrammes répétés selon la sévérité

6. Déshydratation extracellulaire vs intracellulaire

Caractéristique Déshydratation extracellulaire Déshydratation intracellulaire
Compartiment atteint Secteur extracellulaire (interstitiel + intravasculaire) Secteur intracellulaire
Mécanisme principal Pertes hydrosodées Pertes hydriques pures ou apport sodé excessif
Natrémie Normale ou basse Élevée (> 145 mmol/L)
Osmolalité plasmatique Normale ou diminuée Augmentée
Clinique dominante Hypovolémie Troubles neurologiques
Signes cliniques Pli cutané, hypotension, tachycardie, oligurie Soif intense, agitation, confusion, convulsions
Risque majeur Choc hypovolémique Œdème cérébral lors de la correction
Étiologies fréquentes Diarrhées, vomissements, diurétiques Fièvre, diabète insipide, apports insuffisants
Traitement initial Remplissage vasculaire (NaCl 0,9 %) Apport hydrique progressif (glucosé ± NaCl)
Vitesse de correction Rapide si choc Lente et strictement contrôlée

7. Comparaison adulte / enfant

Élément Adulte Enfant / Nourrisson
Eau corporelle totale ≈ 60 % du poids 70–75 % du poids
Vitesse d’installation Plus lente Très rapide
Cause principale Pertes digestives, chaleur Gastro-entérite aiguë
Signe clé Hypotension, tachycardie Perte de poids, fontanelle
Traitement de 1ère intention VO ou IV selon gravité SRO si possible
Risque spécifique IRA fonctionnelle Œdème cérébral (correction rapide Na)

7. Prévention (recommandations OMS / HAS)

  • Promotion de l’utilisation précoce des SRO
  • Hydratation systématique lors de fièvre ou canicule
  • Information des parents et aidants
  • Surveillance accrue des populations à risque (nourrissons, personnes âgées, maladies chroniques)

Conclusion

La déshydratation aiguë est une urgence transversale dont la prise en charge est aujourd’hui bien codifiée par des recommandations internationales fondées sur des preuves solides. La réhydratation orale par SRO constitue un pilier thérapeutique majeur, en particulier chez l’enfant. L’identification précoce des formes sévères et le respect des modalités de correction hydro-électrolytique permettent de réduire significativement la morbi-mortalité.

Bibliographie

  1. Organisation Mondiale de la Santé. The Treatment of Diarrhoea: A Manual for Physicians and Other Senior Health Workers. OMS, dernière mise à jour.
  2. WHO/UNICEF. Oral Rehydration Salts: Production of the New ORS. WHO.
  3. ESPGHAN/ESPID. European guidelines for the management of acute gastroenteritis in children.
  4. Haute Autorité de Santé. Prise en charge des gastro-entérites aiguës de l’enfant. Recommandations professionnelles.
  5. NICE Clinical Guideline. Diarrhoea and vomiting caused by gastroenteritis in under 5s.
  6. UpToDate®. Clinical manifestations and diagnosis of dehydration in adults and children.
  7. Duggan C, et al. Management of acute dehydration. New England Journal of Medicine.

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