Un accident à plusieurs victimes est défini comme un événement qui dépasse rapidement la capacité de prise en charge standard des services d’urgence préhospitaliers. Il nécessite une organisation spécifique des secours, depuis l’appel initial jusqu’à l’évacuation des victimes vers les structures hospitalières appropriées. La réponse doit être coordonnée entre plusieurs acteurs : services de régulation médicale (SAMU), équipes mobiles d’urgence et de réanimation (SMUR), pompiers, forces de l’ordre, services spécialisés et hôpitaux.

PMA, organisation des secours en cas de catastrophe

Organisation des secours préhospitaliers

Régulation médicale – rôle du SAMU

Le SAMU (Service d’Aide Médicale Urgente) est le pivot de la régulation médicale des urgences, assurant la réception des appels, l’évaluation clinique initiale et la mise en route des moyens adaptés. Il coordonne l’ensemble des ressources disponibles du territoire, évalue l’ampleur de l’incident et peut déclencher le plan Nombreuses Victimes (ORSEC-NOVI en France) lorsque le flux de patients dépasse les capacités habituelles.

Le directeur des secours médicaux issu du SAMU intervient souvent au poste de commandement des opérations de secours (PCOS), garantissant l’intégration médicale dans l’organisation globale des secours.

Structures mobiles d’urgence et de réanimation (SMUR)

Les SMUR sont des unités mobiles médicalisées comprenant typiquement un médecin urgentiste, un infirmier et un ambulancier. Elles apportent sur site des soins avancés et des procédures de réanimation, et participent au triage, à la stabilisation et à l’évacuation des victimes vers l’hôpital adéquat. Les moyens peuvent inclure des ambulances de réanimation, des véhicules radio-médicalisés, des hélicoptères médicaux et, sur certains territoires, des unités aériennes ou maritimes.

Déroulement de l’intervention

Intervention SAMU en cas de plusieurs victimes1. Évaluation initiale et sécurité du site

L’approche commence par la sécurisation du site : assurer que les dangers (incendie, risque chimique ou effondrement) sont identifiés et isolés avant que les équipes médicales n’entrent. La sécurité des intervenants est primordiale et assurée par les pompiers et les forces de l'ordre..

2. Déclaration de MCI et activation du plan

Lorsque le SAMU (regulation) constate que le nombre de victimes dépasse les capacités de prise en charge des moyens ordinaires (ambulances locales, SMUR), il active le plan nombreuses victimes / MCI. En France, il s’agit de l’ORSEC-NOVI, qui organise les ressources humaines et matérielles, installe un poste médical avancé (PMA) et structure une double chaîne de secours : gestion du site et prise en charge médicale.

3. Triage primaire préhospitalier

Le triage primaire constitue une des étapes critiques. Il vise à classer rapidement les victimes selon la gravité, afin d’optimiser l’usage des ressources disponibles. Parmi les systèmes de triage courants :

  • START (Simple Triage and Rapid Treatment) : classification en quatre catégories codées par couleur (rouge, jaune, vert, noir) en fonction de la respiration, de la perfusion et de l’état de conscience.
  • SALT (Sort, Assess, Lifesaving interventions, Treatment/Transport) : outil plus récent qui incorpore des interventions vitales et est recommandé dans certains pays pour améliorer la précision du tri.

Des variantes telles que JumpSTART existent pour les populations pédiatriques.

Le tri évolue généralement en trois phases : triage primaire sur le terrain, triage secondaire au PMA, puis évacuation graduée vers les structures hospitalières appropriées.

4. Soins sur place et stabilisation

Les interventions médicales sur place lors d’un MCI sont limitées aux gestes essentiels qui peuvent sauver des vies (contrôle des hémorragies catastrophiques, protection des voies aériennes si nécessaire). La logique de prise en charge diffère de la pratique clinique habituelle : l’objectif principal est la stabilisation rapide et la mise en mouvement des victimes vers des structures plus complètes.

5. Coordination et transport

Le SAMU régule et répartit les victimes selon leurs besoins cliniques et les capacités disponibles des hôpitaux. Les patients prioritaires (rouges) sont dirigés vers des centres capables de fournir des soins intensifs, alors que les cas moins urgents (jaunes, verts) sont dirigés vers des établissements adaptés à leur prise en charge. La communication continue entre le SAMU, les SMUR et les urgences hospitalières est essentielle pour éviter les saturations et optimiser la prise en charge.

Points clés et défis

Chaîne de survie et golden hour

Même dans un contexte de MCI, la chaîne de survie préhospitalière doit être respectée : prise en charge initiale rapide (8–10 min), évacuation vers une structure hospitalière dans la golden hour si possible pour maximiser les chances de survie.

Défis opérationnels

Parmi les défis fréquents en MCI figurent :

  • la sécurité du site,
  • la communication interservices,
  • la gestion des ressources limitées,
  • le maintien de la prise en charge clinique sous pression sévère.

À savoir sur le PMA

  • Le PMA est défini comme une structure de regroupement, catégorisation, identification et premiers soins avant évacuation vers un hôpital. Il est organisé en zones distinctes (accueil/tri, urgences absolues UA, urgences relatives UR, zone d’évacuation, etc.).
  • Il est généralement implanté en zone sûre, accessible aux équipes de ramassage et évacuation, et bien balisé pour faciliter la circulation des blessés et intervenants.
  • Le PMA peut être installé dans un bâtiment existant ou sous structures temporaires (tentes gonflables ou pliables) spécialement aménagées pour les soins et le tri des victimes en grand nombre.

Conclusions

L’intervention lors d’un accident à plusieurs victimes repose sur une organisation clairement définie, intégrant des systèmes de régulation médicale (SAMU), des équipes mobiles médicalisées (SMUR) et des stratégies de triage adaptées. L’activation d’un plan de secours (ORSEC-NOVI en France) permet de coordonner efficacement l’ensemble des acteurs et de maximiser les chances de survie des victimes. L’application rigoureuse des protocoles internationaux de MCI, l’entraînement des équipes et l’intégration des nouvelles technologies (outils de triage, intelligence artificielle, simulations) contribuent à améliorer la qualité de la réponse.

Bibliographie

  1. EMS Mass Casualty Response. StatPearls/NLM — principes de triage et organisation. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2025 Jan-.
  2. Clinical guidelines for major incidents and mass casualty events. NHS UK. En PDF
  3.  
  4. SALT Mass Casualty Triage Algorithm — US Dept of Health documentation sur triage adapté aux MCI (Critères SALT). Lien web
  5. Comparatifs systèmes de triage (START, SALT, JumpSTART) et organisation de tri primaire/secondaire pour optimiser l’évacuation des victimes. Lien web

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