Bilirubine synthèse et biochimieLa bilirubine est un pigment biliaire issu du catabolisme de l’hème, principalement provenant de la dégradation des globules rouges sénescents.

Son métabolisme implique plusieurs étapes successives incluant la production périphérique, la captation hépatique, la conjugaison et l’excrétion biliaire.

L’analyse quantitative et qualitative de la bilirubine sanguine constitue un élément fondamental dans l’exploration des ictères et des pathologies hépatobiliaires.

1. Valeurs normales de la bilirubine 

La bilirubine non conjuguée représente physiologiquement la fraction majoritaire de la bilirubine totale. Elle est liposoluble et circule liée à l’albumine. À l’inverse, la bilirubine conjuguée, hydrosoluble, est normalement présente en très faible quantité dans le sang.

Paramètre Adulte Nouveau-né (ictère physiologique) Nourrisson / Enfant (> 1 mois)
Bilirubine totale 3–17 µmol/L Jusqu’à 205 µmol/L (pic J3–J5) 3–17 µmol/L
Bilirubine non conjuguée ≤ 12 µmol/L Majoritaire ≤ 12 µmol/L
Bilirubine conjuguée ≤ 3–5 µmol/L < 20 µmol/L ou < 10 % du total ≤ 3–5 µmol/L
Caractère physiologique Toujours pathologique si élevée Fréquent et souvent physiologique Toujours pathologique
Ictère visible > 35–40 µmol/L Fréquent dès J2 > 35–40 µmol/L
Risque spécifique Cholestase, hépatopathie Kernictère si sévère Cholestase, hépatite
Étiologies dominantes Hépatite, cholestase, hémolyse Immaturité hépatique Hépatite, Gilbert, cholestase
Urgence diagnostique Ictère obstructif Bilirubine conjuguée ↑ Bilirubine conjuguée ↑
  • Nouveau-né : bilirubine élevée souvent physiologique mais jamais conjuguée
  • Adulte et enfant > 1 mois : toute hyperbilirubinémie est anormale
  • Bilirubine conjuguée ↑ = pathologique à tout âge

2. Physiopathologique

Toute élévation de la bilirubine conjuguée au-delà des valeurs normales est considérée comme pathologique, traduisant un défaut d’excrétion hépatobiliaire ou une cholestase. L’augmentation isolée de la bilirubine non conjuguée peut résulter d’une surproduction (hémolyse) ou d’un trouble bénin de la conjugaison hépatique, comme le syndrome de Gilbert.

L’ictère devient cliniquement perceptible lorsque la bilirubinémie totale dépasse généralement 35 à 40 µmol/L, avec une coloration prédominante des sclères.

Diagnostic de l'ictère selon la bilirubine

3. Intérêt diagnostique

L’interprétation conjointe des fractions de bilirubine permet une orientation étiologique rapide :

  • Hyperbilirubinémie non conjuguée isolée : évoque une hémolyse ou un trouble de la conjugaison
  • Hyperbilirubinémie conjuguée prédominante : oriente vers une cholestase intra- ou extra-hépatique
  • Hyperbilirubinémie mixte : suggère une atteinte hépatocellulaire (hépatite aiguë, cirrhose)

Tableau comparatif des ictères

Critère Ictère pré-hépatique (hémolytique) Ictère hépatique Ictère post-hépatique (obstructif)
Mécanisme Production excessive de bilirubine Atteinte de l’hépatocyte Obstacle à l’évacuation de la bile
Type de bilirubine Non conjuguée Mixte Conjuguée
Urines Normales Foncées Très foncées
Selles Normales Normales ou claires Décolorées
Prurit Absent Possible Intense
ASAT / ALAT Normales ↑↑ Normales ou ↑
PAL / GGT Normales ↑↑↑
Bilirubinurie Absente Présente Présente
Douleur Non Possible Fréquente (colique)
Causes typiques Anémie hémolytique, paludisme Hépatites, cirrhose, toxiques Lithiase, cancer pancréas
Imagerie Normale Foie pathologique Dilatation voies biliaires

Ainsi, le fractionnement de la bilirubine constitue une étape clé du bilan biologique devant tout ictère.

Astuce-mémo rapide

  • Non conjuguée = problème avant le foie
  • Mixte = foie malade
  • Conjuguée + prurit + selles blanches = obstruction

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