bandelette urinaireLa bandelette urinaire (BU) ou "urine dipstick" est un outil de travail indispensable en médecine de premier recours. C’est un test très simple et peu couteux qui peut être fait à domicile ou au cabinet et qui apporte des informations très utiles. Plusieurs marques sont disponibles tel que LABSTIX® ou MULTISTIX®. La BU permet un examen qualitatif des urines pour déterminer le pH et de rechercher la présence dans les urines de glucose, de corps cétoniques, de leucocytes, de nitrites, de protéines, de sang, d'urobilinogène et de bilirubine.
Son intérêt est important pour le dépistage des infections urinaires (IU). Pour que cet examen soit utile il faut respecter certaines mesures et savoir interpréter les résultats.

 1) PRINCIPES ET LIMITES :

bandelette urinaireLa bandelette urinaire contient des réactifs qui changent de couleur en présence de substances chimiques. Dans certains cas le résultat est erroné, on parle de faux positifs et de faux négatifs.

Nitrites :
Les entérobactéries dont l’Escherichia Coli sont la cause des IU dans 80% des cas. Dans les urines, ces bactéries transforment les nitrates d’origine alimentaire en nitrites. Les autres microorganismes impliqués ne produisent pas de nitrites (staphylocoques, pyocyaniques, streptocoques B, acinetobacter ou mycoses). Le seuil de détection des nitrites est de 0,3 mg/L, sa spécificité moyenne est haute, d’environ 98 %. On peut observer rarement des faux négatifs en cas de bactériurie faible, une alimentation pauvre en nitrates (allaitement exclusif chez le nourrisson) ou un PH urinaire acide.

Leucocyturie :
Le test permet de déceler l’estérase, une enzyme présente dans les globules blancs. Le seuil de sensibilité est 10.000 leucocytes/mL (ou 10 leucocytes/mm3). On peut observer des faux négatifs dans plusieurs situations :

  • stade précoce de l’inflammation, neutropénie, glycosurie élevée, prise de certains antibiotiques ou de vitamine C, densité urinaire supérieure à 1020, un pH trop acide, protéinurie supérieure à 1 g/L.
  • Les leucocytes peuvent être d’origine prépuciale, vaginale, cutanée ou digestive en cas de mauvais recueil urinaire. 
  • On peut observer une leucocyturie dans un contexte de tuberculose, d’infection urétrale (gonocoque, Chlamydia) ou de néphrite interstitielle.

2) RESPECTER LA BONNE TECHNIQUE :

  • Les bandelettes doivent être conservées à l’abri de l’humidité et dans une température ambiante inférieure à 30°C.
  • Les urines doivent être fraichement émises par le patient.
  • Les urines doivent séjourner dans la vessie au moins 3 heures pour que les bactéries transforment les nitrates en nitrites. Ne pas prélever de la de poche à urines pour les nourrissons ni de la sonde urinaire directement, on doit privilégier le prélèvement au jet, cathétérisme urétral voire ponction sus pubienne.
  • Le temps de lecture des résultats est de 2 minutes pour les leucocytes et d’une minute pour les nitrites, le pH, les protéines, le glucose, les corps cétoniques, l’urobilinogène, la bilirubine et le sang.

3) INDICATIONS ET INTERPRÉTATIONS :
Le diagnostic d'infection repose avant tout sur l’examen clinique, la bandelette urinaire n’est qu’un outil de dépistage. La BU permet en urgence d’évaluer la probabilité d’infection urinaire. En cas de positivité des bandelettes aux nitrites et aux leucocytes, il faut compléter par un examen cytobactériologique des urines ECBU afin de connaître le germe et l’antibiogramme.

Les performances diagnostiques de la BU sont variables selon le sexe :

  • Pour la cystite simple chez la femme, la BU est le seul examen recommandé. La présence de leucocyturie et de nitrites signe une bactériurie et suffit pour commencer le traitement.
  • En présence de signes fonctionnels urinaires chez un homme (PNA ou cystite), la bandelette urinaire négative ne permet pas d’écarter le diagnostic d’IU (faible valeur prédictive négative), tandis qu’une BU positive conforte la suspicion diagnostique (forte valeur prédictive positive). L’ECBU documente l’infection et guide le traitement. Ainsi, chez l’homme, la BU est conseillée et l’ECBU est indispensable. L’hémoculture est indiquée en cas de fièvre.
  • Chez la femme symptomatique, l’intérêt de la BU réside avant tout dans sa valeur prédictive négative élevée (> 95 %) en l’absence d’immunodépression grave. Dans ce contexte une BU négative doit faire rechercher prioritairement un autre diagnostic. 
  • Chez le nourrisson : le dépistage des infections urinaires passe par le recours aux bandelettes urinaires dès l’âge d’1 mois. À confirmer par l’examen cytobactériologique des urines (ECBU).

Références bibliographiques :

  1. Sylvie Nathanson : Dépistage de l’infection urinaire par la bandelette urinaire. mt pédiatrie, vol. 18, n◦ 2, avril-mai-juin 2015
  2. V. Latini Keller et col. : Analyse d’urines : l’ABC du praticien Revue Médicale Suisse 2009; 5 : 1870-5
  3. Amal Bourquia : La bandelette urinaire : un examen simple et très utile. Espérance Médicale, Avril 2016, Tome 23, N° 219
  4. Recommandations pour la prise en charge des infections urinaires : Voir notre article
    - Recommandations pour la prise en charge des infections urinaires communautaires de l’adulte - Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF) - 2017
    - Prise en charge des infections urinaires de l'enfant. Recommandations 2014 du Groupe de Pathologie Infectieuse Pédiatrique (GPIP) de la Société Française de Pédiatrie (SFP) et de la Société de Pathologie de Langue Française (SPILF)

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