La bonne parole n’arrêtera pas la violence !

accueil des urgencesLa violence est un phénomène très répandu dans tous les pays du monde et touche toutes les tranches sociales sans exception. Bien qu’il est peu fréquent, il reste un risque réel et quotidien. Les médecins et les soignants ne sont pas épargnés de ce fléau, ils sont victimes parfois d’agression ou d’actes de vandalisme émanant surtout par l’entourage du patient. Face à ce fléau il n’y a pas de solution miracle, on ne peut que prévenir la violence et apaiser ses conséquences mais personne ne peut l’arrêter.

En Tunisie, après les cas de violence envers les médecins survenus au mois d'aout 2011, le CNOM a diffusé un communiqué de presse pour «condamner» ces actes et exprimer «sa profonde préoccupation» ou encore «appelle les autorités compétentes à mettre en place, sans délais, des solutions concrètes en faveur de la protection et la sécurité du corps médical et paramédical», sans préciser la nature de ces solutions concrètes.

Le ministère de la santé publique appelle «à la vigilance des citoyens, à leur sens des responsabilités et à leur attachement au secteur public pour décourager toutes velléités destructives et pour contribuer à sécuriser davantage ces lieux de soins»
Quand au syndicat des médecins : il «réclame une présence policière» et demande «en cas d'agression: tous les internes et résidents doivent arrêter immédiatement le travail».
Rappelons par l’occasion le code de déontologie tunisien:
«Article 5: Quelle que soit sa fonction ou sa spécialité, hors le cas de force majeure, tout médecin doit porter secours d'extrême urgence à un malade en danger immédiat, si des soins médicaux ne peuvent lui être autrement assurés. Article 6: Le médecin ne peut pas abandonner ses malades en cas de danger public sauf sur ordre formel des autorités qualifiées.»Comment peut-on agir contre la violence envers les professionnels de santé?
Il faut au préalable discerner la violence émanant du patient et celle des accompagnants.
Une agitation, agressivité, insolence chez le patient est d’origine organique jusqu’à preuve du contraire. Le piège le plus fréquent est de méconnaitre une hypoglycémie qui pourrait être fatale en absence de traitement. Le traitement d’un patient agité est toujours médical (contention mécanique avec des sangles, traitement de la cause et/ou pharmacologique).
Les autres formes de violence émanent le plus souvent d’un esprit de révolte et de vandalisme, un phénomène plus patent en Tunisie depuis la révolution du 14 janvier.
Les différents acteurs (CNOM, Syndicat, Ministères et soignants) doivent collaborer et adopter une stratégie commune pour lutter contre ce fléau et trouver de solutions réelles et applicables. 

  • D’abord et surtout : commencer par une formation spécifique des internes et des paramédicaux. Eh oui ! Les internes de garde aux urgences sont souvent mal préparés à gérer ces situations. La conduite à tenir devant un individu agressif, la gestion de l’accueil, savoir annoncer un décès, dépister les signes annonçant la violence, éviter la confrontation,… C’est une science à part entière qui ne fait pas partie de notre enseignement académique.
  • Le conseil de l’ordre des médecins doit veiller à créer une base de données sur internet (observatoire). Le recensement des cas, l’étude des causes, l’évaluation des conséquences permettraient de comprendre et de prévenir.
  • L’administration doit être plus présente sur les lieux. On a vu des grands actes de vandalisme dans certains hôpitaux sans que personne de l’administration locale ou régionale ne soit intervenu, rien que pour soutenir moralement les victimes.
  • Formez les infirmiers à gérer l'accueil, luttez contre l'encombrement des urgences. La durée d'attente est une cause non négligeable de stress. Tous les services hospitaliers sans exception doivent collaborer avec le service d'urgence pour raccourcir le délais de séjour.
  • La vidéosurveillance est à conseiller, surtout pour les médecins de ville.
  • Porter plainte !! C’est facile à dire. Savez vous que la plainte est personnelle entre la victime et l’agresseur ? Avec pour conséquence un déplacement au poste de police puis à la cour, payement des frais d’avocat et surtout (et c’est très important) une crainte de représailles par l’agresseur ou par sa famille. Sans oublier que l’avocat ne trouvera bon, pour défendre son client, que de crier qu’il était mourant et qu’il n’avait pas reçu les soins nécessaires…
  • La présence policière sur les lieux n'est pas une bonne solution, plutôt demander des interventions rapides et vigoureuses.
  • Il faut adapter la loi pour permettre à l’administration de porter plainte en tant que partie civile voire même se substituer au confrère lorsque l’agression est de cause purement professionnelle.

Messieurs : arrêtez vos discours et soyez plus constructifs. Cherchez des solutions réalisables.

19 Septembre 2011 - Dr Mounir Gazzah


Bibliographie: La violence aux urgences, quels sont les causes, comment la prévenir?

Observatoire de la sécurité des médecins 2010 : une hausse sans précédent des actes de violence à l’égard des médecins:

29 mars 2011 : Le Conseil national de l'ordre des médecins en France (CNOM) s'alarme dans son enquête annuelle de l'augmentation de violence. Des incidents sont signalés par les médecins victimes d'agressions verbales, menaces, vols, voire violences physiques.

Malgré les actions déployées pour prévenir le nombre d’agressions subies par les médecins, les résultats de l’Observatoire de la sécurité 2010 montrent une hausse importante du nombre de violences. Selon les chiffres collectés, 920 déclarations d'incidents ont été envoyées par des médecins, généralistes ou spécialistes, pour signaler ces formes diverses d'agressions contre 512 en 2009, soit une augmentation de près de 80%.

Le CNOM, qui encourage depuis 2003 les médecins à lui transmettre les incidents dont ils sont victimes, n'avait jamais reçu autant de signalements. Les chiffres de l'enquête n'ont toutefois pas de valeur statistique, n'étant pas basés sur un échantillon représentatif.

Les 920 praticiens concernés représentaient 0,46% des 200.045 médecins "en activité régulière" en 2010.

  • Ils sont de sexe masculin dans 56% des cas.
  • Atteintes aux personnes : 72% - Atteintes aux biens : 36%
  • Les agressions verbales et menaces représentent, de loin, la plus forte proportion des incidents rapportés (63%) devant les vols ou tentatives de vols (25%), les agressions physiques (13%) et le vandalisme (12%).
  • L'agresseur est la plupart du temps un homme, le patient (49% des cas) ou une personne l'accompagnant (18%).
  • Dans 5% des cas, l'agresseur a utilisé une arme, arme à feu en tête mais aussi des armes blanches, des parpaings ou des barres de fer. Deux médecins ont même indiqué avoir été agressés à la hache.
  • Les causes : Parmi les facteurs expliquant les agressions à l’égard des médecins: 
    • Reproche d’une mauvaise prise en charge,
    • Tentatives de vols Refus de prescription,
    • Un temps d’attente jugé excessif.
  • Lieu d’exercice : 
    • Médecine de ville : 67%
    • Établissement de soins : 22%
    • Services d’urgence : 2%
    • Service de médecine de prévention ou de contrôle : 8%
  • Les médecins généralistes sont les plus touchés (62% des incidents). Les ophtalmologistes (7%), les médecins du travail (4%), les psychiatres (3%) et les dermatologues (3%) sont les spécialistes les plus visés.
  • L’incident a occasionné une interruption de travail dans 9% des cas.
  • En matière de vols, les agresseurs s'en prennent à l'argent des praticiens mais aussi à leurs blocs d'ordonnances pour en fabriquer des fausses.

Des mesures rapides pour la sécurité des médecins:

Le CNOM annonce la signature prochaine d’un partenariat entre le CNOM et les ministères de l’Intérieur, de la Justice et de la Santé, afin d’adopter des mesures concrètes pour assurer la sécurité des médecins, parmi lesquelles :

  • L’extension de l’Observatoire de la sécurité à l’ensemble des professions de santé à Ordre, afin d’apprécier la problématiques dans sa globalité
  • Des relations renforcées entre les institutions ordinales et les services de sécurité publique pour favoriser la mise en œuvre des dispositions légales prévues pour les agressions dont sont victimes les professionnels de santé dans leur exercice.
  • Permettre un contact direct entre les médecins exerçant dans des zones affichant un nombre d’incidents importants et le Secrétariat d’État-major (un fonctionnaire et un numéro de téléphone dédiés), pour accélérer les procédures de dépôt de plainte
  • La mise à disposition pour les médecins d’un boitier de géolocalisation, permettant de détecter et localiser le professionnel venant de subir une agression.

Recommandations du CNOM:

  • le dépôt systématique d’une plainte, même en cas d’agression verbale et d’atteinte aux biens : les insultes et menaces aux professionnels de santé constituent un délit pénal.
  • le dépôt d’une main courante est en général inutile (sauf sur le plan assurantiel en cas d’atteinte aux biens).
  • le Conseil départemental peut s’associer à la plainte et se porter partie civile, voire même se substituer au confrère en cas de crainte de représailles sur ce dernier.

Source : L'observatoire pour la sécurité des médecins, Ordre National des Médecins

Téléchargez le document : Livret de sécurité à l'usage des médecins

Le CNOM met à disposition de tous les médecins, depuis juin 2005, un livret de sécurité, élaboré avec les services du ministère de l’Intérieur, dans lequel sont fournis des conseils et des renseignements utiles.


Mercredi 31 mars 2010 - France
Les médecins ont déclaré 540 incidents liés à leur sécurité en 2009, selon l'Observatoire pour la sécurité des médecins réalisé par Ipsos pour le Conseil National de l'Ordre des Médecins. Ce chiffre est quasi stable par rapport à 2008 (588 incidents) et fortement en baisse par rapport à 2007 (837 incidents déclarés). Néanmoins, 10% de ces incidents ont occasionné une interruption temporaire de travail (ITT) en 2009, contre 8% en 2008.

  • Concernant le profil des médecins touchés par ces actes de violences, 62% sont des médecins généralistes, contre 37% de médecins exerçant une autre spécialité. Les hommes sont beaucoup plus touchés par ces violences (63%) que les femmes (37%).
  • En outre, 45% des incidents liés à la sécurité des médecins se sont déroulés en centre-ville, contre 33% en banlieue urbaine et 16% en milieu rural.
  • Parmi les incidents signalés, 54% étaient des agressions verbales, 23% des vols ou des tentatives de vols, 16% des agressions physiques, 10% des actes de vandalisme et 7% des menaces ou des lettres anonymes.
  • Selon les déclarations des médecins, 25% des actes de violence n'étaient motivés par aucune raison particulière, contre 11% qui ont été commis en raison d'un temps d'attente jugé excessif, 10% suite à un reproche mentionné à propos d'un traitement, et 6% suite à un refus de prescription.

POUR EN SAVOIR PLUS

La violence sur la scène des urgences:

Y. GANSEL, J. GRISON-CURINIER, F. PLET, F. RENAULT

Institut universitaire Alexandre Lacassagne, 8 avenue Rockfeller, 69008 Lyon.

Source de l'article: Forensic n°21, avril, mai, juin 2005, 9 :12

http://www.psychiatrieviolence.ca/articles/gansel1.pdf

Extrait de l’article :

À travers l’analyse de la violence naissant du seul fait de l’urgence, nous étudions le processus d’acting. Dans les services d’urgence, la technicité et l’efficacité médicales se lient paradoxalement à la confusion et aux difficultés de communication. Ce lieu devient ainsi propice à une mise en acte, dans la réalité, de fantasmes, de scènes familiales, de drames dont le déroulement s’agit à l’insu des malades, de leur famille et des praticiens. La scène des urgences ne doit pas être celle d’un psychodrame sauvage. L’urgentiste doit aussi tenir compte de l’opacité du fait psychique pour tenter de prévenir, au sein de son service, la commission d’actes violents qui n’émanent pas toujours de ses malades. (...)

LA SCÈNE DES URGENCES

Les urgences pourraient être assimilées à un hôpital dans l’hôpital, investies d’une mission de régulation. Mais cette idée de filtre n’est pas satisfaisante pour rendre compte de la complexité de cette interface entre le dedans et le dehors. Au-delà d’un va-et-vient entre porte d’entrée et porte de sortie (beaucoup de patients ne sont reçus qu’en simple consultation), il existe une zone mal délimitée tant sur le plan géographique que temporel : certains patients sont déjà pris en charge, mais en attente d’examens, d’avis spécialisé ou d’un service de posturgence, en rappelant que les urgences ne fonctionnent pas sur le modèle d’une spécialité, et encore moins comme une sorte de filière en “train continu” où les actes, les décisions, les diagnostics et les orientations s’encastreraient dans une temporalité sans solution de continuité.

L’urgence fonctionne dans un référentiel spatio-temporel différent des services classiques. Le temps n’est plus le temps social : la présence continue des soignants à toute heure du jour et de la nuit entretient le sentiment d’une continuité chez les patients qui admettent donc difficilement d’être confrontés au temps du dehors. Le temps subjectif devient binaire, entre la contraction de l’immédiateté contenue dans la demande et la dilatation d’une attente perçue comme indue. C’est dans cette perspective que les patients supportent mal l’idée que tel médecin soit rentré chez lui ou tel soignant soit occupé ailleurs. Dans cet espace jalonné de brancards entre lesquels les soignants, les familles se croisent dans un mouvement incessant, flotte un sentiment d’étrangeté. Cet espace, qui n’a que l’allure de la transitionnalité, semble en effet offrir une illusion de présence et de disponibilité permanentes, contrastant avec la discontinuité vécue par chacun risquant de donner à l’absence même momentanée du soignant un caractère définitif, voire catastrophique. L’aspect confus et éparpillé des urgences, où même les soignants se cherchent les uns les autres, vient en décalage avec la rigueur organisée et minutée que les patients et familles attendent à leur arrivée. Dans ce climat, les sentiments d’incompréhension, d’abandon, voire d’irrespect, grandissent avec l’attente, la douleur physique ou psychique, et l’angoisse. La scène de l’urgence tient parfois du champ de bataille, du moins dans sa perception superficielle, car elle obéit évidemment à des principes d’efficacité et de cohérence dans un modèle d’organisation qui échappe à un regard de surface. Même s’il n’est qu’apparent, ce désordre induit des malentendus, et le passage aux urgences peut être vécu comme une expérience déroutante, frustrante, voire violente. Même en laissant délibérément de côté la question authentiquement préoccupante d’une violence exercée par les soignants, l’institution de soins produit dans ses interactions des effets qui peuvent être très désorganisateurs. (...)

CONCLUSION

Quelles mesures proposer pour prévenir de telles situations ? Réviser les conditions de travail aux urgences semble indispensable : il s’agit de repenser les lieux et les effectifs pour établir un sentiment de qualité de travail et de sécurité aux urgences. Il apparaît également nécessaire de remédier à la faible lisibilité de l’organisation des urgences. Diverses solutions ont ainsi été envisagées dans les services que nous avons décrits. Des mesures explicatives en direction des malades et de ceux qui les accompagnent ont été mises en place : installation de pancartes dans le hall d’entrée décrivant le rôle des différents membres du personnel et le fonctionnement de la file d’attente, utilisation extensive de badges pour identifier les soignants… De plus, un vigile est désormais présent dans le service d’accueil.

Mais, au-delà de ces mesures concrètes et immédiates, fortement réclamées par les équipes dans les suites de chaque agression, il est tout aussi nécessaire de former les soignants à faire face à ces situations auxquelles leurs tâches habituelles ne les préparent pas. Dans ce sens, divers types de techniques pour reconnaître et anticiper les comportements violents peuvent être enseignés.

Il nous semble également indispensable de sensibiliser le personnel au décryptage des scénarios auxquels leur pratique les confronte. À cet égard, la prévision d’un temps et d’un travail réguliers de formation à la clinique relationnelle et d’analyse de la pratique dans les services d’urgences serait certainement l’un des meilleurs outils de prévention de la violence, tout en favorisant une perception plus clinique et plus gratifiante de l’identité professionnelle des urgentistes.



Qu'est-ce que la violence en milieu de travail ?

CCHST, Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail

 Source du document: Centre Canadien d'hygiène et sécurité au travail

Extrait de l’article :

On pense ordinairement que la violence est strictement une question d'agression physique, mais cette question revêt un aspect beaucoup plus étendu en milieu de travail. Il faut alors considérer qu'il y a violence dans tous les cas comme les suivants, où une personne se sent maltraitée, menacée, intimidée ou agressée dans le contexte de son travail :

  • comportement menaçant - gestes du poing, destruction matérielle, objets lancés
  • menaces orales ou écrites - toute expression d'une intention d'infliger du mal
  • harcèlement - tout comportement qui abaisse une personne, l'humilie, la gêne, l'inquiète, l'ennuie ou l'injurie, que cela soit par des mots, des gestes, de l'intimidation, de la contrainte ou d'autres activités inappropriées
  • excès verbaux - jurons, insultes ou langage condescendant
  • agression physique - coups portés de la main ou du pied, poussées, bousculade

La violence en milieu de travail peut prendre des formes aussi diverses que les rumeurs, les jurons, les injures, les mauvais coups, les chicanes, les dommages matériels, le vandalisme, le sabotage, la bousculade, le vol, l'agression physique ou psychologique, les accès de colère, le viol, l'incendie volontaire et le meurtre.

On peut considérer qu'il y a violence reliée au travail même si l'employé ne se trouve pas sur ses lieux de travail ordinaires. La violence peut en effet survenir lorsqu'un employé travaille hors les lieux, qu'il agit à titre professionnel ailleurs qu'au travail (p. ex., conférences, foires commerciales), qu'il assiste à des mondanités reliées au travail, qu'il se trouve chez un client ou qu'il est à domicile lorsque survient un incident relié à son travail (p. ex., menaces adressées par un client au téléphone). (...)

Quels sont les groupes professionnels exposés à un risque plus élevé de violence en milieu de travail ?

Certaines professions, comme les suivantes, ont tendance à présenter un risque de violence plus élevé que les autres :

  • travailleurs des soins de santé
  • agents de services correctionnels
  • employés des services sociaux
  • enseignants
  • inspecteurs municipaux des logements
  • employés des travaux publics
  • employés du commerce au détail.

Existe-t-il des signes physiques annonçant la violence chez une personne ?

Quelquefois, ce n'est pas tant ce qu'une personne dit que son langage corporel qui est révélateur. Il faut être prudent lorsque vous observez chez une personne au moins un des signes non verbaux suivants :

  • visage rouge ou blême,
  • transpiration,
  • mouvements répétitifs ou incessants,
  • tremblement, agitation,
  • mâchoires ou poings serrés,
  • gestes exagérés ou violents,
  • changement dans la voix,
  • élévation du ton de voix ou timbre de voix chantant,
  • respiration rapide et peu profonde,
  • mine renfrognée, ricanement ou paroles offensantes,
  • regard furieux ou évasif,
  • empiétement sur l'espace vital (proximité excessive de la personne).


La violence aux urgences, une fatalité ?

Christelle COURREGES, Stéphanie PASTORINO, Marie VILLENEUVE
Mémoire, Institut de Formation en Soins Infirmiers – Centre Hospitalier de Cannes
 
Source du document (PDF) :http://www.infirmiers.com/pdf/memoiremarie2.pdf

CONCLUSIONS :

De nos jours, la violence est un problème de santé publique mondial. Elle est importante en raison de sa fréquence et de son intensité et touche toutes les zones géographiques. Elle se manifeste aussi bien physiquement que verbalement et trouve ses racines dans la personnalité de chacun. Généralement, elle est déclenchée par un facteur externe qui dépasse le seuil de tolérance du sujet. 
En raison de sa fonction, l’hôpital est frappé par le phénomène de violence, alors qu'autrefois, c'était un lieu respecté de tous. Celui-ci se manifeste de différentes façons, les soignants et les patients pouvant jouer le rôle d’acteur comme celui de victime. 
Le traitement des urgences existe depuis longtemps. Il fonctionne selon un système bien défini en terme d’aménagement des locaux et implique une équipe pluridisciplinaire. 
La violence est également présente dans ce service. Elle est en lien direct avec l’accroissement des consultations relevant de la médecine de ville, provoquant un engorgement du service. Celui-ci augmente la charge de travail des soignants qui ne sont plus en nombre suffisant et entraîne un temps d’attente plus important pour les patients et leur entourage. Ce type de service traite des urgences vraies mais aussi celles que l’on nomme relatives. Ces dernières ne sont pas ressenties de la même manière selon le patient, ses proches et les multiples professionnels de santé, étant par conséquent souvent source de malentendu et vecteur de violence. Elle peut être favorisée par les images négatives que le service peut véhiculer chez le patient. 
La question se pose alors de savoir si l’infirmière peut faire face à ce phénomène récurrent de violence et plus précisément si elle en possède les ressources nécessaires. L’infirmière tient un rôle bien spécifique au sein du service des urgences. Elle possède des compétences lui permettant d’accueillir le patient et sa famille, de les informer, d’exécuter les soins et d’assurer le devenir du malade. 
Malgré le fait que l’infirmière puisse être victime de violence et qu’elle rencontre des difficultés inhérentes au fonctionnement des Urgences, elle possède néanmoins des ressources lui permettant d’y faire face. Elles sont d’abord personnelles et consistent pour l’infirmière à être résiliente et à se servir judicieusement de son expérience professionnelle. Elles sont aussi institutionnelles, représentées par le travail en équipe pluridisciplinaire. Celui-ci tient une place prépondérante dans l’activité de l’infirmière où elle intervient activement auprès de chacun de ces membres. De plus, elle a recours à des formations continues qui lui apprennent à mieux gérer la violence et peut participer à des groupes de parole qui l’aident à en surmonter les conséquences. 
Ainsi, le travail en équipe pluridisciplinaire, tenant une place primordiale pour l’infirmière, serait une solution pour faire face à la violence. 
La violence aux Urgences, exercée par le patient ou son entourage, n'apparaît donc pas comme une fatalité. C'est un phénomène qui pourrait être enrayé par des moyens humains suffisants, un recours fréquent à des formations continues adaptées et à des groupes de parole faisant intervenir des personnes extérieures qualifiées. 
Pour éviter à tout prix de banaliser cette violence, il faut apprendre à la déclarer et multiplier les moyens nécessaires à son recensement. Ainsi, il permettra de qualifier et quantifier la violence subie afin qu’elle soit mieux reconnue individuellement et collectivement, et condamnée. 
L’infirmière ne doit jamais être amenée à "adopter" cette violence.



La violence aux urgences:

LELEU Karine, ROUET Stéphane, C.H. Châteauroux, C.P. Gireugne
 Source du document : Collège de réanimation et d'urgence CREUF  lien visité en 2007

creuf.org/Elements/Documents/Creuf%202003/situations%20conflictuelles/O2%20Rouet.doc

Extrait de l’article :

Situations favorisant la survenue de violence aux urgences :

  • L’attente : Celle-ci serait liée au phénomène de saturation des Urgences.
  • La stagnation à un même endroit :
  • L’opposition de l’équipe aux exigences du patient : Il arrive de plus en plus que les personnes soignées ou, leur entourage, viennent dans le service avec des exigences de soins ou d’examens bien spécifiques – radioscopie, scanner, hospitalisation d’un parent, etc. Mais parfois, ces actes ne sont pas nécessaires, ce qui peut entraîner une certaine frustration chez les personnes.
  • Le fait de déshabiller les personnes ou de pratiquer des soins invasifs : amène les soignants à rompre la bulle protectrice du malade, à pénétrer son intimité, à le placer inconsciemment en position défensive face à un agresseur.
  • Les facteurs liés au personnel : les soignants «sous tension » auront peut-être plus de difficultés à prendre le temps d’expliquer ou à donner des informations aux patients, cette non-information de la gravité de l’état ou de la nature des soins dispensés peut amener la personne à se sentir ignorée de l’équipe ou majorer son angoisse. Le manque de présentation des infirmiers plonge le malade dans l’inconnu des professionnels gravitant autour de lui , diminuant ainsi ses repères , de même que le manque de suivi par le même infirmier, au sein du service.

CONDUITES A TENIR

Il n’y a pas de solution miracle, chaque individu et chaque situation étant différent et donc chaque manière de répondre et d’agir elles aussi variées.
Il y a cependant certaines ‘règles’ que l’on peut tenter d’appliquer d’une manière beaucoup plus générale.

OBJECTIFS

  • ÉVITER L’AFFRONTEMENT DIRECT ET PHYSIQUE
  • TROUVER RAPIDEMENT LA SOLUTION, L’ORIENTATION

CONDUITES A TENIR

  • TOUJOURS AGIR DANS L’INTÉRÊT DU PATIENT ET DONC NE JAMAIS OUBLIER QUE NOUS SOMMES FACE A UN PATIENT (personne en souffrance).
  • GARDER SON CALME
  • ANALYSER LA SITUATION RAPIDEMENT
  • ÉVALUER LE RISQUE POUR LUI-MÊME ET SON ENTOURAGE PROCHE (famille, autres patients, collègues…)
  • ISOLER LE PATIENT (mais ne pas s’isoler soi-même)
  • REPLACER LES ÉVÉNEMENTS DANS LE CONTEXTE, DANS LE VOCABULAIRE DU PATIENT.
  • TENTER D’APPORTER DES RÉPONSES ADAPTÉES
  • ULTIME RECOURS = CONTENTION PHYSIQUE ET CHIMIQUE (sédation)

La violence aux urgences. L’expérience de l’hôpital Avicenne et de l’hôpital Jean-Verdier, en Seine-Saint-Denis:

Alain Berkovits, Charles Gozlan, Estelle Tennenbaum, Dominique Tillant, Thierry Coffre, Philippe Hoang
Revue : Gestion hospitalière, numéro 434 - Mars 2004, 191 :194

La violence à l’encontre du personnel des urgences est un problème peu documenté. L’appréhension du phénomène et sa prise en charge optimisée font depuis peu l’objet de réflexions. Cette violence importée à l’hôpital n’est que le reflet de la violence extérieure. L’augmentation de gens désociabilisés, marginalisés, la paupérisation de certaines couches de la population, l’augmentation du nombre de patients psychiatriques, le manque de repères moraux de certains patients, les carences du milieu hospitalier, notamment en matière de lits d’aval, l’exiguïté des locaux, le manque de formation des équipes à gérer des situations conflictuelles, le climat de stress et d’insécurité, les tensions et pressions exercées par les patients et les accompagnants, le travail en flux tendu, font partie des facteurs explicatifs du sentiment d’insécurité et de démotivation des équipes aux urgences.

Guide d'intervention du sauveteur : violence, victimes et secours : comprendre, prévenir, agir:

Livre de : Cadiou Loïc, Éditions ESTEM, (XVII - 539 p.), 2005

Cet ouvrage permettra aux médecins, urgentistes, secouristes et soignants de faire face à tous les aspects des secours : technicité, organisation, efficacité et humanisation.
Un guide complet pour comprendre et prévenir la violence.
Toutes les notions clé sont expliquées et détaillées :
– les raisons et circonstances de survenue de la violence qu'elle soit sociale, morale ou physique, individuelle ou collective, patente ou dissimulée
– les différentes manifestations de la violence : accident, agression physique, conjugale, familiale ou mortelle, tentative de suicide, ivresse, grand rassemblement, terrorisme, incendie, catastrophe naturelle, guerre, etc.
– la prise en charge globale de chaque type de violence : technique, sociale, psychologique, juridique, légale et médico-légale
– la gestion du stress du sauveteur.

Sécurité et lutte anti-malveillance à l'hôpital

  • L'hôpital face à la violence
  • Textes réglementaires
  • La sécurité anti-malveillance à l'AP-HP

 Centre de documentation APHP (autres documents disponibles): http://documentation.aphp.fr/Bibliographies/securitehop.htm

Circulaire DHOS/P 1 n° 2000-609 du 15 décembre 2000 (France):

Relative à la prévention et à l'accompagnement des situations de violence

http://www.sante.gouv.fr


A lire aussi notre article :

 Accueil, gestion de la violence, le patient agité - Les infirmiers et l'accueil des urgences