Une jeune fille de 23 ans, venant d’un milieu socio-économique défavorisé, travaillant comme femme de ménage dans un hôtel, a été admise au service des urgences. Amenée par ses parents, ils rapportaient un comportement bizarre, récent et inhabituel de leur fille.

Au premier examen, l’allure de la patiente contrastait totalement avec celle de ses parents (look très branché).
La jeune fille était très anxieuse, agitée et confuse. Elle présentait un délire de persécution, une irritabilité, une insomnie, des troubles de la mémoire et une agressivité verbale. Elle disait des propos obscènes et se plaignait de douleurs musculaires diffuses.
L’examen clinique ne montrait rien de particulier hormis une mydriase bilatérale réactive.

Le diagnostic d’une intoxication aiguë a été suspecté. Des prélèvements du sang, du contenu gastrique et des urines ont été faits à la recherche en premier lieu des stupéfiants habituels (cannabis, opiacés, cocaïne, benzodiazépines, trihexyphénidyle, solanacées,…).

La recherche générale des toxiques et des stupéfiants généralement incriminés et habituellement dépistés au niveau des produits biologiques s’est révélée négative.

Le bilan biologique standard était normal.
Le scanner crânien éliminait toute anomalie cérébrale.

Un avis psychiatrique a été demandé.

Quel est votre diagnostic ?


L’interrogatoire minutieux, mené par le psychiatre consultant, détecte la prise de comprimés offerts par un ami pour agrémenter l’ambiance au cours d’une soirée dansante. Le questionnaire révèle aussi que cet usage s’est répété plusieurs fois, cependant le nombre de comprimés consommés la dernière fois était important (4 ou 5 unités).
Cette information a suscité une nouvelle recherche toxicologique d’un échantillon urinaire. Une intoxication par amphétamine était fortement suspectée.
L’analyse toxicologique était positive avec une concentration de 1895 ng/ml et le même dosage pratiqué sur l’urine de l’admission a révélé une concentration de 2900 ng/ml (2,9 mg/L).
Il s’agissait d’une intoxication à l’ecstasy.

- Intoxication rare dans notre pays, elle peut se voir chez certains jeunes consommateurs dans des cadres festifs, souvent associés à des soirées dansantes. L’ecstasy est consommé pour ses propriétés psychostimulantes.

- L’analyse toxicologique doit être toujours guidée par les données cliniques++

- L’ecstasy se présente sous forme de comprimés contenant essentiellement une substance active (MDMA) ou apparentés. Il agit sur les neurones sérotoninergiques et entraîne une libération massive de sérotonine, une inhibition de sa synthèse et un blocage de sa capture par le neurone émetteur. Cette action est associée à ses effets psychotropes. La MDMA a une affinité pour les récepteurs adrénergiques de type 2, ce que pourrait expliquer les effets cardio-vasculaires de la drogue (1).

- Le pic de concentration est atteint entre 1 et 5 heures et les effets peuvent durer jusqu’à 48 heures (2).
- Les signes évoquant une consommation d’ecstasy sont (2) :
- le contexte et le profil du consommateur (sujet jeune moins de 25 ans dans 80% des cas)
l’hyperactivité psychomotrice (désinhibition, tremblements, myoclonies, agitation, parfois convulsions)
- la mydriase
- l’hyperthermie : signe important
- le trismus : signe fréquent
- les troubles psychiatriques (agitation, délire, hallucination)
- sueurs, moiteur des mains, envie impérieuse d’uriner, insomnie.
- en plus, possibilité de tachycardie avec HTA (3)
- A l’extrême : détresse respiratoire, hyperthermie maligne et défaillance polyviscérale.
Schifano et all. (4) recensaient 81 décès imputés à la consommation d’ecstasy entre 1997 et 2000 en Angleterre et au pays de Galles.
Le traitement est symptomatique, il n’existe pas d’antidote. Il faut traiter l’hyperthermie (Dantrium® lorsque la température excède 39 °c), réhydratation, traiter l’hypertension artérielle, traiter l’hypertonie et les convulsions par le benzodiazépines, surveiller les constantes biologiques (glycémie, ionogramme, fonction rénale et hépatique) et monitorage cardiaque (1)(5).

Références :
1-Garrab K., Chemli N., Braham Y. : La toxicomanie à l’ecstasy, Essaydali de Tunisie, N° 104, septembre 2007, 5-12
2-Colson P. : Poussée aiguë hypertensive et usage de toxiques, Urgence HTA, lettre d’information sur l’urgence hypertensive, N° 26, Edition NOVARTIS 2003, 3-6
3- Green AR, Cross AJ, Goodwin GM,: Review of the pharmacology and clinical pharmacology of 3,4 –méthylènedioxyéthamphétamine (MDMA or Ecstasy), Psychopharmacology, 1995, 119, 247-60
4-Schifano F., Oyefeso A., Webb L & all: Review of deaths related to taking ecstasy, England and Wales, 1997-2000. BMJ 2003, 326, 80-1
5-Henry JA : Ecstasy, hyperthermie et désordres ioniques. Infotox, 2001, 13 :2-3

© Dr Lotfi Zeglaoui

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