diabète et ramadanLes musulmans jeûnent 30 jours par an pendant le mois de Ramadan, du lever au coucher du soleil. Cette période dépend du calendrier lunaire et variable d’une année à l’autre.  La durée du jeûne est variable donc selon les saisons et selon les pays (en moyenne 12-17 heures) et dure 30 jours.

Les conséquences peuvent être une déshydratation, une hypoglycémie ou hyperglycémie, des troubles du sommeil, un amaigrissement, et/ou une inversion du rythme jour-nuit avec des conséquences possibles sur la vigilance.

LES CONTRE-INDICATIONS DU JEÛNE SONT BIEN CONNUES:

  • L’âge : enfant et vieillesse
  • La grossesse
  • L’infection sévère
  • Certaines morbidités : comme le diabète décompensé, l’anémie, l’insuffisance rénale, une intervention chirurgicale, etc.

LES ÉTUDES CONTRÔLÉES RANDOMISÉES SUR RAMADAN SONT RARES :

On connait peu l’influence du jeûne sur l’organisme, les complications et la décompensation des maladies chroniques. Même aux urgences nous ne trouvons pas d’études valables à cause de 2 critères importants, souvent méconnus, qui sont la variable saison (chaude ou froide) et la durée du jeûne. Des articles de presse non crédibles ont évoqué l’augmentation des cas d’hypoglycémies, des troubles digestifs comme l’épigastralgie et la constipation, des coliques nephretiques, des complications cardio-vasculaires et autres motifs de consultation comme les rixes et les accidents de circulation.

Les études du diabète et Ramadan sont le plus nombreuses. On cite la plus grande qui est l’étude EPIDIAR en 2004 (abstract en fin de l’article).

La société tunisienne d’endocrinologie a publié en 2016 un consensus de prise en charge du diabétique pendant le mois de Ramadan. Ces recommandations concernant le jeûne pendant ce mois sont basées sur des opinions d’experts. Afin que le diabétique puisse jeûner sans complications, des conseils nutritionnels et une adaptation thérapeutique doivent être débutés avant le début du mois de Ramadan.

LES INDICATIONS DE L’ARRET DU JEUNE PENDANT RAMADAN :

  • Glycémie ≤ 0,80 g/l (3,9 mmol/l) dans les premières heures après le début du jeûne
  • Glycémie ≤ 0,7 g/l quelques soit le moment de la journée
  • Signes cliniques d’hypoglycémie
  • Glycémie > 3 g/l (16,7 mmol/l) :
    • Interrompre le jeûne (surtout si loin de l’heure de l’iftar)
    • Examen des urines à la recherche d’acétonurie
    • Adaptation du traitement (médecin traitant)
  • Maladie intercurrente

acroread icone 5975 128POUR TELECHARGER CE DOCUMENT (PDF) : Consensus tunisien de prise en charge du diabétique pendant le mois de Ramadan

Ou Visitez le site des auteurs : Société Tunisienne d'Endocrinologie STEDIAM

 

POUR RAPPEL : Abstract de l’étude EPIDAR

"Le but de cette étude était d'évaluer les caractéristiques et les soins des patients atteints de diabète dans les pays avec une population musulmane importante et d'étudier les caractéristiques du diabète pendant le Ramadan et l'effet du jeûne.

Conception de la recherche et méthodes:

Ce fut une rétrospective, enquête transversale en population menée dans 13 pays. Un total de 12,914 patients atteints de diabète ont été recrutés en utilisant une méthode d'échantillonnage stratifié, et 12.243 ont été considérés pour l'analyse.

Résultats:

Les enquêteurs recrutés 1070 (8,7%) patients atteints de diabète de type 1 et 11,173 (91,3%) des patients atteints de diabète de type 2. Pendant le Ramadan, 42,8% des patients atteints de diabète de type 1 et 78,7% avec le diabète de type 2 à jeun pendant au moins 15 jours. Moins de 50% de l'ensemble de la population a changé leur dose de traitement (environ un quart des patients traités avec des médicaments antidiabétiques oraux [antidiabétiques oraux] et un tiers des patients utilisant l'insuline). Épisodes hypoglycémiques graves étaient significativement plus fréquentes pendant le Ramadan par rapport aux autres mois (diabète de type 1, 0,14 vs. 0,03 épisode/ mois, P = 0,0174; le diabète de type 2, 0,03 vs 0,004 épisode/ mois, P <0,0001). L'hypoglycémie sévère était plus fréquente chez les sujets qui ont changé leur dose d'insuline ou antidiabétiques oraux ou modifié leur niveau d'activité physique.

Conclusions:

La grande proportion de type 1 et de type 2 sujets diabétiques qui jeûnent pendant le Ramadan représentent un défi pour les médecins. Il est nécessaire de fournir une éducation plus intensive avant le jeûne, pour diffuser des lignes directrices, et de proposer de nouvelles études évaluant l'impact du jeûne sur la morbidité et la mortalité."

Référence : A population-based study of diabetes and its characteristics during the fasting month of Ramadan in 13 countries: results of the epidemiology of diabetes and Ramadan 1422/2001 (EPIDIAR) study. Salti & Col. Diabetes Care. 2004 Oct; 27(10):2306-11.